Fiche de lecture : « Pourquoi nos universités fabriquent des chômeurs »
« Pourquoi nos universités fabriquent des chômeurs », article de Capital, n°159, décembre 2004, p.118 à 122
En décembre 2004, le numéro de Capital faisait paraître un article consacré aux universités dont le contenu s’est avéré plutôt révélateur de la situation contemporaine de l’Université française. Peu flatteur, l’article liste un certain nombre de limites rencontrées par nos universités.
Le diplôme ne met plus à l’abri du chômage. Cela est tout particulièrement visible à travers certains cursus. Non seulement, il y a aujourd’hui une conjoncture peu favorable à l’embauche, mais il existe des diplômes pour lesquels les débouchés sont rares. Quel est l’intérêt d’obtenir un doctorat de lettres ou de sciences humaines si on sait que 20,3 % des étudiants ne trouvent pas un emploi dans les trois ans ? Citons aussi les licences ou maîtrises d’arts, de psychologie, de biologie, d’histoire ou de géographie qui laisseront plus d’un étudiant sur dix sur le carreau dans les trois ans qui suivent.
Les chiffres de l’Apec dressent un tableau sans appel de la situation contemporaine. Parmi les étudiants obtenant un diplôme allant de Bac+4 au doctorat, un quart a un emploi stable dans l’année, un quart a un CDD ou un intérim et la moitié est au chômage. On en arrive à un paradoxe : il y a des étudiants trop diplômés ! S’il est de renommée publique que nombre d’entreprises craignent les doctorants, jugés trop rigides, nombreux sont ceux qui ignoraient que l’on pouvait être jugé trop diplômé à Bac+4. Et il est parfois dur de se déqualifier et de se contenter d’un travail inférieur à son niveau scolaire, mais quand on n’a pas le choix... Il existe même des formations qu’il vaut mieux cacher : un DEUG de cinéma ou de sociologie a une « employabilité négative ».
Le monde du travail n’est pas tendre. Pour ceux qui l’ignoraient encore, ce n’est pas l’employeur qui s’adapte au candidat à l’embauche. Trop souvent les jeunes diplômés n’ont pas grand chose à faire valoir face à l’employeur : études trop « théoriques », pas de stages... Les professeurs ne sont pas les derniers à ignorer le monde de l’entreprise. Le salaire médian d’un diplômé d’école de commerce est deux fois celui d’un étudiant sortant avec un DEUG, une licence ou un maîtrise d’un cursus « littéraire » (littérature, arts, histoire, géographie, sociologie, philosophie, psychologie)...et cette situaiton n’est pas seulement liée au hasard !
Notons, d’ailleurs, la disproportion des inscriptions. Il y a des inscriptions massives dans des secteurs qui offrent peu de débouchés, tandis que des filières sont délaissées. C’est ainsi qu’en 2003, que pour 9 749 inscrits en première année de physique, 14 316 en informatique, on en avait 29 089 en psychologie et en sociologie. Or, malgré le développement des services en France, on connaît les besoins des secteurs d’industrie de pointe, qui aujourd’hui recherchent, parfois désespérément, des salariés ! Il y a dès l’origine une mauvaise orientation des étudiants que l’on pourrait qualifier de scandaleuse. En refusant d’orienter convenablement ceux-ci à la sortie du lycée, on développe une sélection meurtrière. Pour 13 000 bacheliers s’inscrivant en STAPS, il n’y aura que 800 postes ouverts...au mieux !
Les étudiants laissés sur le carreau
41 % des étudiants sortent du système universitaire sans diplôme. Pas de commentaires particuliers... Certes cela est facilité par l’accès très libre au système universitaire en France. Les frais d’inscription étant très bas en France, il est sans doute beaucoup plus facile qu’ailleurs de s’inscrire à l’université « par défaut » aprés le bac. Au niveau national, seulement 45,5 % des étudiants ont obtenu le DEUG en 2001 sans redoubler.
Suite à ce tableau noir de la situation universitaire en France, Capital offre quelques pistes. Si l’on peut relever avec intérêt le succès des formations tournées vers l’emploi (BTS, IUT, DESS et mastères pro), celui des petites unités d’enseignement, et de l’orientation intelligente, les réformes, qui ont été jusqu’à présent proposées, sont en décalage avec la réalité universitaire.
L’Université française est un service public. Elle se présente certes comme un lieu de formation mais aussi comme un lieu de savoir qui doit être ouvert à tous. Contrairement à ce que pensent parfois certains, par facilité, le rétablissement de la sélection n’est pas une solution car elle ne traite pas les causes originelles de l’échec, c’est à dire la mauvaise orientation initiale, et elle ne prévoit rien pour ceux qui ne seront admis nulle part...
De même la plus grande indépendance des présidents d’université, qui a un moment a été présentée comme un élément indispensable de modernisation, est fortement critiquable...quand ils en jouent pour renforcer acquérir uen indépendance. La Conférence des présidents d’université(CPU), devenue le syndicat des présidents d’univeristé, a fortement œuvré dans ce sens et a notamment inspiré un projet de réforme en 2003 dont on a pu goûter les excés.
Au regard de leurs exigences nombreuses et parfois incohérentes, une seule question vaut la peine d’être posée :qu’est-ce que cela aurait réellement changé ?
Le soutien financier de l’Etat demeure essentiel, même dans les universités les plus prestigieuses. Et souvent, à moins la « modernisation » passe par une augmentation des frais de scolarité, il demeure le principal financeur de l’université. L’UNI s’était opposée aux propositions de la CPU qui relèvaient plus du dogmatisme que du bon sens. Néanmoins, l’UNI ne se place pas parmi les chantres du conservatisme universitaire qui considèrent malheureusement ce système comme un bastion de leur propre idéologie.
Les blocages arrivent majoritairement d’un mode de pensée sclérosé qui consiste à maintenir une dichotomie entre l’université et l’entreprise. Cette opposition est visible dans des cursus universitaires qui ne donnent aucune place à des intervenants extérieurs, ni à des formations professionnelles. Cela va parfois jusqu’au mépris affiché pour ceux qui s’orientent vers le monde de l’entreprise. L’opposition est aussi visible à travers l’incapacité des universités d’obtenir des financements extérieurs, comme y ont recours les établissements les plus prestigieux. Le « pactole » que représente la taxe d’apprentissage n’est pas une manne infinie et il ne sert à rien de fabuler sur les ressources privées qu’une entreprise pourrait espérer.
Mais est-il alors possible de prétendre faire « des études pour un emploi » comme le souligne l’UNI au sein d’un service public rénové et efficace ?
Seule la volonté politique pourra renverser les obstacles établis par les tenants de l’immobilisme et c’est dans cet esprit que l’UNI oeuvre, à Bordeaux comme partout ailleurs en France.
| << Bordeaux | Tags : Lu, vu, entendu | Publié le mardi 11 janvier 2005
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